Pourquoi parle-t-on d’hypnose éricksonienne ?
Un pionnier atypique
L’hypnose éricksonienne tire son nom de Milton H. Erickson (1901–1980), psychiatre et psychothérapeute américain.
Avant lui, l’hypnose était connue à travers :
- Franz Anton Mesmer (1734–1815), qui développa le magnétisme animal, une pratique reposant sur l’idée d’un fluide invisible capable de guérir (un concept qui posa les bases, même s’il manquait de fondement scientifique).
- Jean-Martin Charcot (1825–1893), neurologue français, qui, dans les années 1880 à la Salpêtrière, étudia l’hypnose comme manifestation somatique de l’hystérie.
Erickson, lui, fut l’un des premiers à utiliser la transe hypnotique comme un outil thérapeutique à part entière. Il considérait que cet état permettait d’accéder aux mécanismes inconscients et aux apprentissages oubliés, afin de favoriser des transformations durables.
Erickson : un regard personnel et subtil
Adolescent, Milton fut frappé par une poliomyélite sévère qui l’immobilisa longtemps. Pour passer le temps, il observa sa famille avec une acuité singulière : postures, intonations, gestes, mots… Ces observations devinrent le socle de sa pratique. De ses apprentissages profonds, il renforça sa capacité à adapter des inductions hypnotiques sur mesure.
Contrairement à ses prédécesseurs qui utilisaient des suggestions directes et autoritaires, Erickson privilégiait :
- les histoires et anecdotes,
- les métaphores,
- des suggestions indirectes, souvent imperceptibles pour la personne.
Beaucoup de patient·e·s n’avaient pas la sensation d’être « en hypnose », et pourtant, le changement se mettait en place.
La clé de son approche était la confiance dans l’inconscient, envisagé comme un réservoir de ressources et de solutions.
Héritage et modernité
Aujourd’hui, l’hypnose éricksonnienne constitue souvent une formation de base pour les praticien·ne·s. Elle est reconnue pour son approche douce et respectueuse, en contraste avec l’hypnose classique, plus directive. Sa dimension solutionniste permet d’orienter la personne vers des changements rapides et adaptés.
Cependant, il est important de ne pas idéaliser Erickson. Comme tout pionnier, il a été le reflet et le catalyseur de son époque. Plusieurs critiques soulignent que :
- son cadre éthique était parfois flou voir oppressif à certains moments
- l’approche centrée sur la solution et le faire peuvent parfois être simpliste,
- ses récits de cas manquaient parfois de rigueur scientifique et étaient romantisés.
Aujourd’hui, une pratique moderne de l’hypnose doit chercher à :
- accompagner vers l’autonomie,
- favoriser la co-création thérapeutique,
- agir avec honnêteté et clarté en respectant le consentement
- et donner des clés de compréhension et des outils adaptés,
- renforcer la capacité de chaque personne à agir par soi-même et pour soi-même
L’hypnose éricksonnienne reste une révolution thérapeutique majeure. Mais comme tout héritage, elle gagne à être revisitée et enrichie à la lumière de la psychologie contemporaine et des enjeux éthiques actuels.
Merci de m’avoir lu. J’espère que ça vous appris quelque chose
Anne BEAUPUY